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Mutation écologique, métamorphoses de l’action publique

Temps de lecture : 12 minutes

Les indicateurs d’habitabilité de la planète pour les humains se dégradent rapidement et les prévisions ne sont pas réjouissantes. L’absence de décisions et d’actions à la hauteur des enjeux – voire, les décisions prises à l’encontre des enjeux – contredit l’urgence agitée devant les micros.

L’ampleur du changement nécessaire appelle une mobilisation collective : pas plus les « colibris » que les « petits gestes » n’y suffiront. La responsabilité politique est immense, à toutes les échelles. Or, la plupart des élus locaux comme nationaux semblent perdus, incapables de se sortir des impasses et des arbitrages perdants-perdants. Rares sont celles et ceux qui, après quelques mois ou quelques décennies de mandat, réussissent à « lever le nez du guidon », pour chercher à sortir des schémas traditionnels de l’action publique et trouver les moyens d’exprimer une vision d’avenir qui soit désirable et tienne compte des enjeux écologiques dans leur véritable ampleur.

Même quand les élu-e-s en sont pourvu-e-s et parviennent à les faire prospérer dans le temps, volontarisme et vision d’avenir doivent encore surmonter bien d’autres obstacles avant de réussir à changer vraiment l’état du monde. Ils doivent aussi composer avec une bureaucratie qui, si elle n’est pas mauvaise en soi[1], paraît bien peu adaptée aux défis du moment. À ce titre, les nouveaux exécutifs écologistes dans les villes et les Métropoles gagnées en 2020 vont sans doute vite découvrir les dissonances concrètes et quotidiennes entre un programme de mutation écologique et des organisations publiques dont la doctrine d’action, les outils, les compétences, les postures, les processus, n’ont pas été questionnés politiquement depuis des décennies – sauf par les tenants du nouveau management public, à grands renforts d’audits, « d’optimisation », de « rationalisation » et  de reporting pour alimenter des indicateurs de performance indigents, l’hôpital représentant à ce titre un tragique laboratoire des cabinets de conseil. Côté État, si les critiques croissantes contre la haute fonction publique sont à bien des égards justifiées, elles sont faiblement opérationnelles et, surtout, ne rendent compte ni du changement nécessaire, bien plus ample qu’une réforme de l’ENA, ni du malaise croissant des hauts fonctionnaires face à l’écart entre ce qu’ils croient devoir faire et ce que le pays attend d’eux.

L’Etat et ses serviteurs ont su accompagner la reconstruction et la modernisation d’après-guerre. La machine s’est ensuite grippée avec la globalisation : fallait-il chercher à l’accélérer ou la ralentir ?[2]. A l’heure des défis écologiques croissants, c’est la débandade et l’administration « est souvent considérée comme un obstacle aux efforts encore timides de la société civile pour imaginer ce que peut vouloir dire une mutation écologique des sociétés industrielles du passé. » (B.Latour). Plus encore, au-delà des impasses actuelles d’une dérégulation publique sur fond de bataille entre « le capitalisme de plate-forme et les capitalismes d’Etat souverains »[3], c’est la « construction conceptuelle et politique de la liberté et de l’autonomie qui est en jeu »[4] quand on cherche à retrouver une dynamique de progrès social qui soit découplée du changement climatique. 

Faisons l’hypothèse d’une destination connue, partagée ou partageable par une majorité de nos concitoyens : parvenir, sans guerre civile, à un système qui consomme moins que ce que la planète peut produire/supporter à l’échelle d’une année et où l’amélioration des capacités des citoyens à être autonomes et heureux serait une fin en soi.

Ni cette destination ni, a fortiori, aucune étape importante du chemin ne sont donnés aux administrations – pas plus implicitement qu’explicitement. Les repères écologiques d’une « transformation » ou d’une « transition », de l’action publique sont tout simplement inexistants. Quand bien même la société civile aurait quelques idées sur ce qu’il convient de faire, l’absence de lien fort, sain et productif entre les administrations d’une part et les associations  et les citoyen-ne-s d’autre part, conduit par défaut les acteurs publics à gérer de l’équilibre (en faveur des plus forts) au lieu d’engager le mouvement. Que  faire ? A défaut de savoir, on renvoie les forces dos-à-dos, chasseurs contre LPO, fabricants de SUV contre ONG, betteraviers contre apiculteurs, bobos urbains contre classes populaires périphériques… 

Or, admettre « qu’on ne sait pas » est tout aussi impossible pour une administration que pour un élu. Cette impossibilité conduit l’Etat à agir sans objet direct : l’important est de s’occuper, de donner l’impression que l’on est occupé et de (se) faire croire « qu’on s’en occupe ». A court terme, cela donne les errements de la gestion politico-administrative de l’épidémie de covid-19, et dans le temps long cela donne soit une « réformite » permanente par laquelle l’Etat affiche une activité centré sur lui-même, soit une frénésie de décisions, de chantiers et de projets à des fins également performatives. Dans les deux cas, les “sujets premiers” – ceux qui comptent fondamentalement dans la vie des personnes, des collectifs et la préparation du futur – ne sont pas traités.

Peut-être, une fois de temps en temps, vaudrait-il mieux prendre le temps de lever le stylo, d’écouter sincèrement ce que la société civile et les citoyen-ne-s ont à dire (et, d’ailleurs, les aider à savoir ce qu’ils ont à dire) et d’inventer un nouveau mode d’agir public plus adapté. Une métamorphose de l’action publique est nécessaire ; en imaginer (et tester) les caractéristiques mérite notre attention et notre mobilisation[5]

Quels pourraient être les principes et actions nécessaires à une telle métamorphose, qui – amendées, débattus, complétés – pourraient constituer une sorte de « boussole » pour la transformation publique, fondée tant sur de nouveaux impératifs que sur de nouvelles lignes rouges et sur des objets “plus grands que nous” (le vivant par exemple) ?

1) Expliciter une hiérarchie de ce qui compte, nommer les zones d’incertitude, faire une place à la « non-action » publique.

Si le « progrès » a perdu sa vertu univoque et ne permet plus de penser une modernisation balisée, nous ne sommes pas totalement ignorants du monde dans lequel nous vivons et, notamment, de ce qu’il n’est plus du tout possible de faire pour rester dans les clous de l’accord de Paris. Pourtant, la préservation des conditions d’habitabilité de la planète et la protection du vivant ne constituent pas encore des impératifs absolus pour les États et les collectivités. Dans un régime démocratique, il s’agit donc aussi de construire une majorité en faveur de ces programmes et donc, pour cela, d’expliciter les conséquences de tels impératifs.

Celles-ci semblent pouvoir être de trois ordres : 

  • Quand on sait ce qu’il ne faut pas faire, s’en abstenir sans délai. Cela vaut pour le soutien à l’équipement d’artificialisation de la neige pour les stations de ski, pour les nouvelles zones commerciales en périphérie, pour le soutien sans condition à l’industrie automobile productrice de SUV ou au secteur aérien. Ce qui a pu être mis en place pour la fermeture des centrales à charbon[6] (ou de la centrale de Fessenheim) doit être une modalité banale de l’action publique vis-à-vis de ces secteurs. Le chantage à l’emploi et la lutte court-termiste contre le chômage, puit sans fond à système productif constant, ne doit plus servir à justifier les atteintes à l’environnement, au vivant et à la santé des personnes. 
  • Quand on sait ce qu’il faut faire, ne pas lambiner. Cela vaut pour le développement des énergies renouvelables comme pour le rééquipement ferroviaire du pays, pour la promotion de l’agriculture bio ou pour la fin des dés-incitations fiscales au transport de marchandise par les voies fluviales par rapport au routier.
  • Quand on ne sait pas, nommer les zones d’incertitude et se donner les moyens de les explorer, y compris en respectant un principe de « non action », c’est-à-dire en acceptant de laisser faire la société civile[7].

On se prend à souhaiter un nouveau paradigme dans lequel montrer ses doutes deviendrait une manière d’être convaincant (sinon, c’est Trump qui gagne). A cet égard, pourquoi avoir choisi de croire que le COVID ne se transmettait pas par les aérosols jusqu’à ce que le contraire soit prouvé, plutôt que l’inverse, comme les autres coronavirus ? Par simple bêtise ? Par optimisme de principe ? Non : parce que le problème en était simplifié et que ça permettait de faciliter la justification des mesures prises — au prix de la vérité et donc de l’efficacité, hélas. Comment être surpris que ces vérités péremptoires assénées successivement, mais parfaitement contradictoires, conduisent les citoyens à un niveau d’adhésion médiocre aux comportements (confinement, vaccination) ou aux sacrifices économiques demandés ?

L’Etat a besoin d’avoir un modèle causal robuste pour justifier ses décisions — le contraire de la décision arbitraire de fermer les petits commerces mais pas les supermarchés, qui ne se justifie que par “on peut le décider, alors on le fait”. Le fait que l’administration ne sache plus le proposer au politique (qui lui commande des justifications ex post aux décisions qu’il a l’intention de prendre) est un dysfonctionnement majeur – et une raison de se poser la question de la formation des hauts fonctionnaires.

2) Redonner une capacité d’initiative et d’écoute des signaux faibles à celles et ceux qui sont au plus près des terrains.

C’est un classique de l’innovation publique, de plus en plus couramment endossé et quasiment jamais mis en œuvre. Les acteurs publics sont forts de 5 millions d’agents publics, dont la part la plus importante est professionnellement au contact quotidien de la société, sur (presque) tous les territoires de la République.

L’histoire administrative est jalonnée d’actes manifestant la volonté toujours plus grande de définir, délimiter, contenir, le champ d’action, de réflexion et d’expérimentation de ces professeur-e-s, soignant-e-s, inspecteurs/trices, policiers, agents d’accueil, juges… Les « têtes » administratives émettent des consignes censées normer le travail des agents publics de terrain, jusqu’à le vider de son sens. Pourtant, que l’on raisonne en termes de capacité publique à repérer les « signaux forts[8] » de la société, en termes de gestion concrète des crises ou en termes de construction de majorités en faveur des fermetures et des ouvertures requises par l’habitabilité humaine de la planète, c’est au plus près de la société que ça se passera. 

3) Créer les conditions d’un nouveau partenariat entre acteurs publics et société civile

Si l’on considère à la suite de Bruno Latour que « l’administration est un outil provisoire et révisable que se donne la société civile quand les questions qu’elle a longuement travaillées deviennent trop longues ou trop compliquées pour être prises en charge par elle seule », la qualité de la relation entre société civile et administration est centrale pour faire émerger et outiller une nouvelle conception du bien commun qui corresponde aux enjeux contemporains. 

Or, ni la société civile – du fait de la « dépolitisation par le bas » ni l’État – du fait de la « dépolitisation par le haut » – ne sont aujourd’hui à même d’assurer la qualité de cette relation. Côté société civile, il est urgent de formuler des idées précises et générales sur « ce qu’elle veut » – et l’État peut soit continuer à empêcher cette formulation (en continuant à affaiblir la société civile à coup de restrictions budgétaires et « d’appels à projets » lénifiants, en pré-emptant et en stérilisant toute conversation réelle sur le sujet…) soit au contraire y aider (et créant et respectant de véritables espaces de délibération-action). 

Côté État, il serait temps de mûrir et d’arrêter de considérer toute association, ONG ou collectif de citoyens indépendants comme un adversaire à contenir. Au contraire, les acteurs publics devraient leur reconnaître leur capacité d’alerte, leur expertise et leur capacité de mobilisation – sans lesquelles la mutation complète de notre société industrielle et servicielle vers une société de communs sera impossible. Comme l’écrit Latour,nous avons besoin d’une « administration rendue capable d’apprendre de ses citoyens ».

L’amélioration de la relation entre acteurs publics et citoyens peut passer assez simplement par l’amélioration des lieux où elle se noue — au « guichet », par exemple, cf. point 5, ou dans des instances dédiées – des Conventions citoyennes augmentées et mieux reliées tant à la décision qu’à l’action publiques. Ici comme ailleurs, les outils de la médiation entre acteurs sont quasiment tous à réinventer. Si le pilotage par les données partagées (et donc ouvertes) doit être renforcé, il devra être accompagné d’un effort inédit de représentation de ces données (qui n’incombe pas forcément à l’acteur public mais dont il doit s’assurer en dernier ressort qu’il est fait) et, surtout, de la structuration de circulation entre les acteurs publics et la société de matériau subjectif, indispensable au bon gouvernement et parfaitement absent des « tableaux de bord » d’aujourd’hui. De l’increvable « simplification administrative » à la reconstruction de Saint-Martin après Irma en passant par les programmes transverses de l’Etat comme Action Cœur de Ville, l’écart est grand entre les indicateurs quantitatifs (et les M€ dépensés) dont la communication publique fait son miel et la réalité perçue et ressentie par les citoyens. Apprenons à recueillir et utiliser ces perceptions et ces ressentis pour faire de meilleures politiques publiques, plutôt que de faire comme si de rien n’était. 

A titre d’exemple, la culture est sans cesse aux prises avec cette question de la prise en compte de la subjectivité. Comment juger qu’un projet d’éducation artistique pour des jeunes est réussi ? on ne sait que faire, dans un tableau de bord, du commentaire d’un jeune de REP qui remercie pour « votre exigence ». Pourtant, n’est-ce pas précisément là le véritable signe que le monde a, un peu, bougé grâce à l’action publique ?

4) Accepter de reconnaître et de gérer l’incertitude, créer des zones et des temps de réflexivité.

L’administration dysfonctionne dès que les certitudes sur ce qu’il convient de faire et sur le bien-fondé de son action s’estompent – les hauts-fonctionnaires d’Etat, particulièrement, sont dans l’inconfort quand il s’agit de reconnaître qu’on ne sait pas. Cela aurait pourtant une vraie vertu politique et sociale – les dégâts que cause l’impossibilité de l’Etat à le dire à certains moments importants de la crise du covid-19 en sont la preuve. Accepter et gérer l’incertitude peut d’ailleurs signifier que la redondance des dispositifs est optimale – quand la transformation publique est aujourd’hui avant tout une histoire de réduction, précisément au nom de l’optimisation. 

Corollaire de cette reconnaissance et de cette acceptation de l’incertitude, la création de zones de réflexivité – aujourd’hui parfaitement inexistantes en dehors, au mieux, des machines à café et des armées – est indispensable : puisque « nous ne savons pas ce qu’il faut faire ni si ce que nous faisons est utile », nous devons nous donner les moyens de porter dessus un regard critique permanent, collectivement.

5) Penser au niveau des pratiques administratives et des formes de l’action publique (et pas seulement des grands concepts ou agrégats).

Sans minimiser l’effort conceptuel et paradigmatique à mener, ni la marge de manœuvre à laisser au politique dans sa vision de l’action publique (mais qu’il prenne le temps d’en élaborer une !), il est aussi et surtout central de s’intéresser aux mutations nécessaires des pratiques des acteurs et agents publics, de leurs outils, de leur équipement – tant en termes de formation que d’ordinateurs, de posture que de capacité à lier des relations avec d’autres acteurs. Or, c’est là un impensé de la transformation publique, qui peine – parce qu’elle est une catégorie très globalisante et surplombante – à s’intéresser concrètement aux pratiques administratives telles qu’elles sont et telles qu’elles pourraient/devraient être. Or, il est vain d’attendre que les agents publics relèvent les défis de demain avec les artefacts d’hier, déjà obsolètes pour les tâches d’aujourd’hui. 

6) Investir massivement sur la pensée des impensés (devoir d’invention)

Comment un système de retraite pourrait-il fonctionner sans croissance ? Comment gérer l’arrêt complet des secteurs industriels nocifs pour l’avenir ? De quelles compétences et de quels outils l’action publique aura besoin pour « faire face à l’impensable[9] » dans 10 ans ?

Les impensés sont nombreux, qui retardent la conceptualisation d’un nouveau modèle socio-économique démocratique et encastré dans le monde vivant, le tout dans un contexte européen et international instable.

Pourtant, pendant ce temps, le gouvernement continue de supprimer des postes au Ministère de la transition écologique, le nouveau « Plan » version Bayrou produit des fiches thématiques sur les sujets des années 90, et on réfléchit très sérieusement à la manière dont l’action publique peut être « plus simple » dans le cadre de la relance. Le discours mi-néomanagérial, mi-disruption mode Uber, infuse toutes les sphères de la haute fonction publique, et les récits de rendez-vous d’associations de la transition écologique avec les cabinets ministériels qui se soldent par « trouvez donc un business model ! » sont aussi nombreux que glaçants. 

Les ressources intellectuelles et pratiques existent pourtant, dans la sphère publique et dans la société, pour faire émerger des questions « radicales et concrètes » qui permettent d’explorer sous des formes nouvelles, faisant la part belle à la « recherche action », aux démonstrateurs et aux expertises hybrides, ces questions. 

7) Faire advenir un pacte social actuellement introuvable

A la crise des Gilets jaunes a succédé celle du Covid, exacerbant les tensions territoriales (comme le « cas marseillais » l’illustre à l’excès) et sociales, avec la mise en visibilité brutale des conditions de vie des personnes assurant des fonctions vitales pour la société. Aide soignantes, femmes de ménages, caissières…comme les Gilets jaunes, les professions les plus exposées pendant l’épidémie pourraient exprimer demain la demande de pouvoir vivre dignement de ces activités sociales qui furent si utiles en plein confinement[10].

Or, ce qui se joue là, au croisement des enjeux de justice sociale et de justice spatiale, sur fond d’inégalités massives de revenus, effrite les fondements d’une coalition progressiste susceptible d’affronter à leurs juste mesure les défis écologiques…tout comme d’un pacte social plus large pourtant nécessaire à l’action publique. Car celle-ci est l’expression d’un rapport de force social et d’un accord entre forces sociales à un moment donné. S’il n’y a ni accord ni rapport de force, les conditions mêmes de l’action publique sont sapées. 

8) Et, quoi d’autre ?

Aucune prétention à l’exhaustivité ici : dans le cadre du Mois de l’innovation publique et bien au-delà, nous cherchons dans nos échanges avec les agents publics, avec les élu-e-s, avec les représentant-e-s de la société civile et avec les citoyens, à enrichir, compléter, amender ce cadre de réflexion et d’action. Vos contributions et réactions sont donc extrêmement bienvenues[11].

*

*      *

Nous faisons ici l’hypothèse que l’action publique est nécessaire au monde qui vient, les défis étant bien trop colossaux pour les « colibris », et bien trop politiques pour être laissés aux seuls soins de l’action privée, fût-elle sociale et solidaire. Avec l’arrivée d’écologistes à la tête de plusieurs métropoles, une nouvelle génération d’agents publics qui choisit de s’intéresser frontalement à la mutation écologique (Le Lierre, FP21…) et les évolutions nécessaires du pacte social, émergent les conditions d’une nouvelle culture de l’action publique. Pour être désirable et utile, radicale et concrète, elle appelle beaucoup de travail, sous des formes différents (de la recherche la plus fondamentale à l’expérimentation la plus concrète). Nous y contribuerons avec enthousiasme. 

Ce texte est le fruit d’une réflexion collective et conviviale sur l’action publique, menée par des agents publics, des designers, des chercheurs…dont Giulia Reboa, Mathilde Bras, Nicolas Rio, Léa Douhard, Grégoire Alix-Tabeling, Laura Pandelle, Francis Rol-Tanguy, Alex Mussche, Ariane Azéma, Yoan Ollivier, Céline Danion, Xavier Figuerola, Hela Ghariani, Romain Beaucher et bien d’autres, que le devoir de réserve empêche malheureusement d’être mentionné-e-s ici.


[1] « Le terme « bureaucratie » n’est pas du tout péjoratif pour nous. Il renvoie à un mode d’organisation qui a sa logique et qui peut se montrer efficace pour gérer tout un ensemble de problèmes. » Henri Bergeron dans cet entretien.

[2] Voir Bruno Latour dans cet article de la revue Esprit.

[3] Robert Boyer, « Le capitalisme sort considérablement renforcé par cette pandémie », entretien, Le Monde 3 octobre 2020

[4] Pierre Charbonnier, Abondance et liberté, une histoire environnementale des idées politiques, La découverte, 2020.

[5] Idéalement, bien entendu, cette mobilisation serait aussi celle des différents organes chargés de penser le futur / l’action publique. Pour l’Etat, par exemple, France stratégie, la DITP, la DGAFP…

[6] Voir le projet de loi ratifiant l’ordonnance n° 2020-921 du 29 juillet 2020 portant diverses mesures d’accompagnement des salariés dans le cadre de la fermeture des centrales à charbon, en Conseil des Ministres le 21 octobre 2020.

[7] Lire à ce sujet « Sans forcer les choses », d’Emmanuel Bodinier.

[8] Des gilets jaunes aux mobilisation citoyennes locales, notamment écologiques, on est à un point où ce n’est pas la faiblesse des signaux qui est en cause, mais bien la capacité des acteurs publics à entendre / intégrer les « signaux forts ». 

[9] Voir « Que peut l’Etat face à l’impensable ? », intervention de Romain Beaucher dans le cadre de la Chaire Transformations de l’action publique de Sciences Po Lyon (8 minutes).

[10] Voir Camille Peugny, dans cet entretien à Marianne.

[11] Vous pouvez écrire à contact@vraimentvraiment.com. Merci !

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Design d'intérêt général Portraits Transformation publique

[PODCAST] Où en est le design des politiques publiques ?

Temps de lecture : < 1 minute

Laure Choquer a consacré un épisode de Dessin Dessein en trois parties au design des politiques publiques.

Elle a interrogé Xavier Figuerola, co-fondateur de Vraiment Vraiment.

L’occasion de faire le point sur le design et la transformation publique, de partager quelques projets et questionnements de l’agence, et, bien sûr, de parler de 2042*.

dessin dessein · DESSIN DESSEIN / EP19 Politiques Publiques P3 : Vraiment Vraiment, une agence pour l’intérêt général

Pour ce même épisode, Laure Choquer a également interrogé…

…Adélie Lacombe, designer à la Direction interministérielle de la transformation publique

…et Stéphane Vincent, délégué général de la 27ème Région :

* Dans cet épisode, Xavier aborde aussi la question du manque de formation en design des politiques publiques. Même si presque tout reste à faire pour répondre, au bon niveau, aux besoins, il nous semble utile de rappeler qu’il existe des initiatives intéressantes sur le sujet. C’est notamment le cas du InSitu Lab, un DSAA du Lycée Le Corbusier à Illkirsh, qui développe une formation en partenariat avec La Fabrique de l’Hospitalité, le Département du Bas-Rhin et la Métropole de Strasbourg.

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Collectivités territoriales Soin et attention Transformation publique

Julie Meyniel (FP21) : “de la fatigue, de la lassitude, de la fierté parfois” chez les agents publics

Temps de lecture : 3 minutes


L’association FP21 a lancé avant l’été une enquête auprès des agents publics pour sonder l’état des troupes après un printemps 2020 extra-ordinaire, qui a placé certains métiers de l’action publique en pleine lumière, en a obligé d’autres à se réinventer complètement, et n’a été neutre pour personne. Dans un contexte “impensable” quelques mois plus tôt, comment ça s’est passé ? Une grosse centaine d’agents ont répondu – trop peu pour des prétentions scientifiques mais assez pour en tirer quelques enseignements et questions pour le “monde d’après”. Julie Meyniel, de FP21, nous répond. 

Comment vont les agents publics, après ce début d’année extraordinaire ? 

D’abord, merci de poser la question – c’est assez rare qu’on s’y intéresse. Ensuite, c’est évidemment compliqué de résumer. Il y a de la fatigue, de la lassitude, de la fierté parfois que “ça ait tenu”. L’enquête montre un fort investissement des répondants pendant la période, qui conduit en partie à une usure et à des questionnements lourds sur le sens des missions des agents publics. 80% des répondant-e-s – essentiellement des cadres de la fonction publique  – ne se voient pas travailler au même poste dans 3 ans, soulignant un manque d’intérêt, de visibilité et de perspectives. 

Il me semble que nous sommes dans un moment de clair-obscur pour la fonction publique, un moment de transition qui à certains égards est motivant – le confinement et ses conséquences ayant ouvert des espaces à investir, dégagé des petites marges de manoeuvre à exploiter – mais avec un nouveau monde qui tarde à apparaître, ce qui peut être décourageant. 

Le secteur public était largement récalcitrant au télétravail et le confinement y a massivement contraint les employeurs et les agents publics. Quel bilan peut-on en tirer ?

L’enquête montre un plébiscite du télétravail…avec des limites très fortes immédiatement soulignées, mais qui peuvent en partie être levées si un véritable chantier est ouvert sur le sujet.

L’enthousiasme des agents tient à la découverte d’une forme de souplesse du cadre de travail, auquel on n’est pas habitués dans la fonction publique. Le télétravail a permis de décentrer l’attention, de la présence et des horaires, vers le travail effectivement réalisé. Certains métiers et certaines politiques ont dû imaginer de nouvelles manières de faire, par exemple pour continuer à aller au-devant des publics vulnérables. 

Cependant, les agents qui ont répondu à notre enquête mentionnent la perte des temps et pratiques informelles, qui nuit à l’efficacité collective, et l’atteinte portée au lien social – entre agents avec les usagers. Bien entendu, la capacité à “déconnecter” et l’articulation vie privée/vie professionnelle se sont avérées des enjeux de taille, comme pour tous les télé-travailleurs. La qualité des outils et équipements numériques a beaucoup été mise en cause. 

Cela doit conduire à une réflexion de fond sur les cadres de la fonction publique, ses postures, ses outils – y compris en mode “présentiel”. On peut utiliser des questions et problèmes soulevés par le télé-travail pour améliorer l’action publique en général. Encore faut-il qu’il y ait un cadre de discussion et de travail pour cela. 

3/ Est-ce qu’il y a des choses qui ont été expérimentées, de gré ou sous la contrainte, pendant le confinement, qui mériteraient de perdurer ?

A la lecture des réponses à l’enquête, il est frappant de voir à quel point on a peu l’habitude, dans la fonction publique, de nommer quelque chose comme ayant été “expérimenté”. Il manque une dimension réflexive systématique, qui serait précieuse pour avancer. 

Cela dit, les répondants ont partagé des manières de sortir du cadre habituel jugées vertueuses, soit qu’elles aient permis une collaboration ou une communication à un niveau inédit entre agents d’administrations différentes, soit qu’elles aient permis de mieux comprendre les différents métiers d’un site – particulièrement à l’hôpital, où les rapports administration/soignants ont été bouleversés. Certains agents soulignent aussi les possibilités qu’a créé le confinement de “se mettre à la place de” : les parents se sont retrouvés professeurs, par exemple. 

Est-ce qu’il va y avoir un “monde d’après” dans la fonction publique ?

Avant de se projeter, il est indispensable d’avoir une vision claire et étayée sur l’état du monde public et des agents. Comment vont-ils ? Que voient-ils ? Comment est-ce qu’ils se projettent ? On ne peut pas avancer sans ces informations, et notre enquête artisanale est évidemment très loin du compte. La DGAFP pourrait lancer un travail d’ampleur, rapide et sortant des sentiers battus – nous serions ravis, chez FP21, d’y contribuer. 

Du côté de nos répondants, sans que le confinement soit idéalisé, comme on l’a vu, on sent une vraie crainte d’un “retour à la normale”, qui serait très démotivant. Ayant vécu “l’impensable”, comme a dit le Président, un travail mériterait d’être conduit pour repenser les cadres, les métiers, les outils de la fonction publique, justement en envisageant ce qui n’a jusque-là pas été envisagé. Si c’est fait avec les agents, y compris de terrain, c’est stimulant !

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Transformation publique

[PODCAST] Giulia Reboa (FP21) : “genre, race, handicap, classe : il y a des angles morts dans la transfo publique”

Temps de lecture : < 1 minute

Agente publique, Présidente de l’association “Fonction publique du XXIème siècle (FP21)”, actuellement en mission au sein de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) après avoir travaillé en service déconcentrés dans les Hauts-de-France, Giulia Reboa est une interlocutrice régulière de Vraiment Vraiment.

Dans un paysage de la transformation publique qui se veut “swag”, comme elle dit, et moderne, elle aborde frontalement les angles morts de la fonction publique. Chez VV, ça nous a bien fait réfléchir cet été. Nous espérons qu’il en sera de même pour vous et que ce podcast nourrira quelques discussions de rentrée !

Vraiment Vraiment · Giulia Reboa – PODCAST

Vraiment Vraiment · Giulia Reboa – PODCAST

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Transformation publique

10 propositions pour un “reboot” d’AP 2022 à l’aune de la crise sanitaire et du confinement

Temps de lecture : 6 minutes

Du 1er avril au 31 mai dernier, entre confinement et déconfinement, France Stratégie a ouvert un espace contributif afin de recueillir des idées pour « l’après », dont la synthèse vient d’être publiée. Nous reproduisons ici notre contribution, déposée fin mai dans la catégorie “puissance publique”.

La crise du covid, le confinement et les conséquences massives sur les modalités de la vie collective dans toute ses dimensions, représentent un “stress test” majeur pour l’action publique. Les derniers mois ont montré le meilleur et le pire de l’action publique, avec un fort accent mis sur les “héros méconnus” que sont les agents de terrain – au premier rang desquels les soignant-e-s, salué-e-s chaque soir à 20h00.

La période a aussi donné lieu à de fortes critiques du fonctionnement interministériel, des administrations centrales, des relations entre Etat et collectivités locales. En filigrane, un an après les “gilets jaunes”, les principes et méthodes qui ont guidé la transformation publique depuis 2007 ont été mis en cause – en particulier pour ce qui est de l’hôpital.

Du temps a par ailleurs été perdu pendant le confinement pour tirer parti d’un tel « stress test » : en effet, c’était l’occasion de repérer des dispositifs et processus publics dont les faiblesses ou dysfonctionnements étaient révélés ou aggravés par le confinement (orientation, protection de l’enfance, lutte contre les violences faites aux femmes, littératie en santé, conseils de quartier…), pour les « réparer » à court terme et les améliorer durablement. En dehors des secteurs mobilisés face à l’épidémie (santé, inclusion numérique, , la tétanie a plutôt prévalu.

Tant sur le fond que politiquement, il y a peut-être un moment à saisir pour “réinitialiser” AP2022, avec – entre autres – les principes suivants :

  • Toutes les innovations et initiatives utiles ne sont pas aussi photogéniques qu’un train aménagé ou un masque sorti d’une imprimante 3D. Il y a “tout le reste”, qui compte au moins autant et doit être (re)connu pour (re)partir d’un bon pied.
  • La transformation publique est une affaire politique – pas seulement technique. Elle doit être conçue et pilotée comme telle (portage, suivi, mise en débat, attention portée aux “formes” que prennent concrètement les réformes, symboles, etc.).
  • Les enjeux contemporains appellent un devoir d’initiative pour les agents publics, qui a pour corollaire indispensable un nouveau cadre d’action de la fonction publique favorisant la reconnaissance, l’autonomie, la responsabilité et le renforcement des capacités.
  • Les capacités d’anticipation de l’action publique doivent être renforcées, mieux distribuées et opérationnalisées, afin de pour préparer les prochaines crises.
  • Le fonctionnement interministériel et, plus globalement, des administrations centrales, est archaïque et doit être revu hors objectifs budgétaires et selon des méthodes nouvelles. Cela vaut pour les relations Etat / collectivités locales.

PROPOSITIONS

Proposition n°0 : recueillir les expériences et les initiatives innovantes ayant impliqué des agents publics.

Ce recueil doit être l’occasion de donner réellement la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas souvent – en particulier les professionnel-le-s de terrain. Soignant-e-s, bien sûr, mais aussi professeurs, travailleurs sociaux, membres des forces de sécurité, responsables de la voirie… Tous ont fait l’expérience à la fois intime et collective de la crise, et ils ont imaginé des manières de continuer à travailler. Recueillir leur témoignage permettrait d’imaginer une future transformation publique incarnée, ancrée, désirable. (Exemple à l’hôpital)

Proposition n°1 : penser un parcours vertueux pour les personnes et organisations qui sont venues renforcer l’action publique pendant la crise.

La crise a généré un afflux de renforts, souvent désordonnés et généralement désintéressés, de personnes et de collectifs qui ont (re)découvert à cette occasion l’intérêt général et l’action publique. Quelles perspectives et quel prochain point de contact pour ne pas générer de rancoeur et capitaliser sur ces nouvelles relations ?

Proposition n°2 : chercher des manières de valoriser les actions quotidiennes des agents publics en faveur des habitants de leur territoire et de la Nation.

En 2015, le pays a aimé ses policiers ; en 2020 il aime ses soignant-e-s (mais déteste ses policiers…). La polémique vite née sur la “médaille de l’engagement face aux épidémies” ne doit pas éclipser notre incapacité à valoriser le travail des agents – notamment ceux qui n’apparaissent pas lors des remises de rapport, ne montent pas de startup d’Etat et ne participent pas aux ateliers collaboratifs de la DITP) et à exprimer notre reconnaissance à l’égard du service public et de (tous) ses agents, de façon régulière et qui ne se résume pas à des discussions sur les “primes” et salaires.

Proposition n°3 : renforcer la capacité de la puissance et de l’action publique à
« s’augmenter » de façon permanente ou temporaire, en ayant recours à des réservistes et à des partenariats agiles.

Les dysfonctionnements de la réserve sanitaire et la probabilité que des événements exceptionnels (terrorisme, climat, pandémies…) nécessitent régulièrement que les services publics “s’augmentent” pour faire face devrait nous conduire à imaginer rapidement les manières de recruter, former, outiller et mobiliser des “réservistes de l’action publique”, que ceux-ci soient issus de rangs de la fonction publique “démobilisés” par l’événement ou de la société civile. La capacité à répondre rapidement aux sollicitations de la société civile (ex des makers) ou à la mobiliser (et donc à la connaître…) doit être renforcée.

Proposition n°4 : faire un nouveau standard de la pro-activité dont ont fait preuve certains acteurs publics pendant la crise.

Pendant la crise, des administrations ont fait preuve de pro-activité pour éviter le non-recours ou l’effondrement des personnes (action sociale, éducation, espace public, inclusion numérique) et des entreprises. Une telle pro-activité pourrait devenir la norme dans des secteurs critiques de l’action publique, facilitant la vie des usagers et créant surtout un nouveau filet de sécurité en cas de situations difficile. Un tel changement de posture aurait des implications fortes en termes de posture et d’outils des agents.

Proposition n°5 : repenser le programme et les actions de transformation publique en y intégrant systématiquement les enjeux de qualité de vie au travail des agents.

Depuis 2007, la transformation publique s’est largement construite contre les agents et au mépris de leur qualité de vie au travail (l’hôpital n’en est que l’exemple le plus visible) : réduction d’effectifs, dissonance des consignes, management par les chiffres au détriment du sens, etc. Outre que cela doit interroger tout progressiste, cela rend progressivement impossible toute réforme, y compris fondée sur de bonnes intentions. L’inscription sincère et concrète de cette préoccupation très haut dans les objectifs stratégiques de la transformation publique permettrait (peut-être) de renouer le fil d’une transformation désirable.

Proposition n°6 : renforcer et distribuer les capacités d’anticipation radicale des acteurs publics, en faire un enjeu démocratique.

Vraiment Vraiment a lancé en 2018-2019 un cycle de prospective de l’action publique baptisé “AP 2042” – en référence à AP 2022, pour voir plus loin. La mobilisation de la science-fiction et du design-fiction, hybridés avec le regard de hauts-fonctionnaires et d’anciens ministres, nous a permis de produire des scénarios à peine plus extravagants que ce que nous avons connu les derniers mois. La capacité des acteurs publics à se projeter radicalement ET concrètement dans des futurs qui échappent à l’imaginaire classique pourrait être renforcée, pour se préparer à faire face à l’impensable. Cette capacité doit être judicieusement distribuée entre le niveau central ET les niveaux déconcentrés/décentralisés et être soumis à des formes utile de délibération démocratique à chaque échelle territoriale. .

Proposition n°7 : se donner les moyens de transformer les modes de travail et de décision interministériels.

Les enceintes et outils de travail et de décision interministériels sont indigents et très en retard sur les standards (voir ici). Pendant la crise, des formats plus souples et agiles se sont mis en place. Un retour fin sur ces expériences, sur les possibilités d’en étendre les modalités, ainsi qu’un travail de reconception des processus (et des lieux) interministériels seraient bienvenus. On pourrait commencer par les RIM (outil de pré-réunion pour évacuer les sujets d’accord, outils d’animation pour enrichir et politiser les débats, outils de suivi).

Proposition n°8 : enrichir les données permettant de piloter l’action publique.

Les outils de pilotage de l’action publique font la part belle 1/ aux données quanti (cf tableau de bord DITP/Toucan Toco) 2/ aux informations “filtrées” par de nombreux niveaux hiérarchiques et autant de biais – ce qui n’épuise pas les besoins du niveau supérieur de l’Etat (DAC/SG/cabinets/ Ministres/PM/PR). Un outil permettant de capter et restituer des bribes du terrain et de les mettre en perspective avec des données quanti permettrait davantage de finesse. Surtout, il serait temps de mettre en place des outils de pilotage utiles avant tout à celles et ceux qui les remplissent (vs reporting ascendant).

Proposition n°9 : profiter de ce dont la crise a fait prendre conscience pour renouer la conversation sur l’utilité de l’action publique (et de l’impôt).

Après les Gilets jaunes, G.Darmanin a souhaité engager une chantier de “transparence” sur le coût des services publics, afin de légitimer l’impôt. Alors que chacun-e, pendant cette crise, a pu faire l’expérience de la présence (soins, etc.) et de l’absence (professeurs, etc.) des services publics, le moment serait parfaitement choisi non pour faire la transparence sur le coût de l’action publique mais pour une conversation sur le service public et l’utilité de l’impôt.

Proposition n°10 “mécano” : doter l’Etat des outils de pilotage à la hauteur de ces ambitions en matière de transformation publique.

Au niveau de l’Etat central, les fonctions d’anticipation (France Stratégie), de transformation de l’action publique (DITP, DINUM) et d’ingénierie au service des territoires et de leur cohésion (ANCT) sont éclatées. Pour aller au bout de la logique, les services qui gèrent les femmes et les hommes (DGAFP, MCD), les lieux (DIE), les achats (SAE)…sont également concernés. Pour ne pas se lancer dans un énième mécano institutionnel et en l’absence de capacité de pilotage politique fort d’un ensemble regroupé, il faut a minima profiter du site de Ségur, partagé par beaucoup, pour faire travailler réellement ces entités ensemble, en faisant une place aux collectivités locales (au-delà de leurs associations) et à la société civile dans les discussions et dans les projets.

Vous pouvez lire l’ensemble des réponses à l’appel à contribution de France Stratégie ici.

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Futurs Portraits Transformation publique

[PODCAST] Francis Rol-Tanguy – “le temps de l’administration est le moyen terme, pas celui de BFM TV”

Temps de lecture : < 1 minute

Francis Rol-Tanguy est un haut-fonctionnaire retraité, qui a exercé tout au long de sa vie des missions diverses et variées – jusqu’à devenir le Secrétaire général du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie et du Ministère du logement, ce qui lui confère un double atout : celui du recul, et d’une rare liberté de parole.

Relations de la haute fonction publique au politique, évolutions de la gestion de crise par l’Etat, transformation publique pour faire face aux enjeux écologiques, éthique et engagement des agents publics…

Autant de sujets qui nous passionnent et qui font que nous sommes ravi-e-s de partager avec vous cet enregistrement.

Bonne écoute !

Vraiment Vraiment · INVITÉ AUTREMENT AUTREMENT – FRANCIS ROL-TANGUY

Vraiment Vraiment · INVITÉ AUTREMENT AUTREMENT – FRANCIS ROL-TANGUY

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Design d'intérêt général Futurs Soin et attention Transformation publique

L’hôpital, hors-cadre. (1)

Temps de lecture : 9 minutes

Chapitre 1  – Du recueil sensible des expériences vécues sur le terrain pendant la crise.

La crise sanitaire que nous vivons a provoqué un déferlement photographique d’innovations, à l’hôpital et plus généralement dans le secteur du soin : qui eût cru que l’intérieur d’un wagon SNCF (aménagé en hôpital ambulant), une salle d’imprimantes 3D ou quelques personnes portant un masque en plexiglas fussent susceptibles de faire la Une de la presse la plus généraliste ? Déjà célèbre sur les plages, le masque Décathlon est devenu – à juste titre – l’incarnation du caractère exceptionnel de la situation et de la mobilisation qu’elle suscite, poussant un industriel à renoncer à des ventes et à sa propriété intellectuelle. Ces photos sont autant de témoignages de l’inventivité, de la créativité et des capacités de mobilisation des soignants et pour les soignants. Elles montrent le soin échapper à l’enceinte physique de l’hôpital.

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Collectivités territoriales Design d'intérêt général Transformation publique

Pour préparer demain, observer les transformations publiques par temps de crise

Temps de lecture : 4 minutes

Le futur de l’action publique est-il en train de se fabriquer sous nos yeux, dans les multiples innovations spontanées et autres bricolages institutionnels provoqués par une crise aussi brutale qu’inattendue ? Voilà la question qui nous taraude depuis plus d’un mois. Et plus l’horizon de  « sortie de crise » semble lointain, plus la nécessité de comprendre ce qui se joue « pendant la crise » paraît nécessaire, à la fois par les questions qu’elle pose et les opportunités de réponse qu’elle semble offrir. 

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Culture Futurs Transformation publique

Culture : pour un été de refondation

Temps de lecture : 8 minutes

Puisque les mois qui viennent ne ressembleront à aucun autre et que les périls sont encore aggravés, l’Etat, les collectivités territoriales et l’ensemble du secteur culturel gagneraient à en faire une saison de refondation. Avec une ambition, une approche et des méthodes radicalement différentes des tentatives précédentes. Par Céline Danion, consultante en projets culturels, co-coordinatrice du pôle culture de Terra Nova, ancienne directrice déléguée du Centre dramatique national de Saint-Denis, ancienne conseillère auprès de la ministre de la culture.

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Collectivités territoriales Design d'intérêt général Futurs Soin et attention Transformation publique

D’une pierre, deux ou trois coups

Temps de lecture : 7 minutes

Dans son discours sur le déconfinement prononcé à l’Assemblée nationale le 28 avril, le Premier ministre français a annoncé la création de brigades chargées, dans chaque département, de recenser et “remonter” la liste des cas de covid-19 et des personnes ayant été en contact avec ces malades. Si ces brigades ont été prototypées en Haute-Savoie et dans l’Oise, et bien qu’Edouard Philippe ait implicitement écarté le recrutement de personnel dédié (au profit d’équipes mixtes issues de l’Assurance maladie, des CCAS et des départements), le dimensionnement de ces brigades (20 à 30 000 personnes nécessaires) et leur activité très particulière en font, quelque part, l’ébauche d’un nouveau métier de la fonction publique. Avec un recrutement (même “seulement” interne) à mener tambour battant, des compétences à lister et acquérir, des outils à mettre en place, notamment numériques – il faut lire à ce sujet le texte très utile d’ancien-ne-s du Conseil national du numérique