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Protégé : Du droit aux portes qui claquent dans les EHPAD

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Que peut l’Etat face à l’impensable ?

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Le 3 octobre 2020, la Chaire “Transformations de l’action publique” de Sciences Po Lyon tenait ses premières rencontres, sur le thème « Avant, pendant, après la crise : l’action publique face à la pandémie.

L’équipe de la Chaire avait demandé à Romain Beaucher, co-fondateur de Vraiment Vraiment, de traiter la question “Que peut l’Etat face à l’impensable ?”. Voici la vidéo et le texte de son intervention.

« Nous sommes confrontés à un désastre que je n’ai jamais connu. »

Christian Estrosi, 3 octobre 2020

Je m’appelle Romain Beaucher, je suis co-fondateur d’une agence de design des politiques publiques, Vraiment Vraiment – c’est son nom, et je viens du Morvan.

Deux endroits où l’on aime les histoires et j’ai donc décidé, ce matin, de vous en raconter une, que je tiens de mon fils, qui avait 4 ans en 2020. 

Il sera une fois, vers 2042, un pays qui avait beaucoup souffert, au sein d’un continent qui avait beaucoup souffert, sur une planète dont l’habitabilité était en péril.

Un demi-siècle de troubles politiques, économiques et sociaux avaient éreinté la population ; et un demi-siècle de dé-gouvernement – au sens où gouverner, depuis le début des années 2000, revenait à affaiblir, saper, les moyens de gouverner – avaient brisé l’État et, plus généralement, les institutions. 

Quand au tournant des années 20 les effets du changement climatique s’étaient accélérés et intensifiés ;

Quand au tournant des années 20, la pandémie de covid avait fait exploser presque toutes les certitudes, conduisant le Président de la République de l’époque à faire un inhabituel et fondateur aveu de faiblesse, reconnaissant qu’on était entrés dans le territoire de « l’impensable » ;

Il avait fallu s’asseoir et penser différemment. Penser l’impensable ou, plutôt, se donner les moyens non seulement de penser l’impensable, mais d’y faire face, partout, tout le temps, car la survenue de l’impensable était devenue ordinaire

L’impensable prit, dans ces années 20, bien des visages.

L’incendie géant, pendant plusieurs semaines, d’une bande de 150km autour de la Méditerranée. 

La fréquence de mutation du covid, à peu près deux fois plus rapide que le rythme auquel les laboratoires parvenaient à un vaccin.

L’abandon de 10 des 31 millions d’hectare de surface agricole sur tout le territoire, principalement en raison de la disparition des exploitants, des sécheresses régulières et de la très forte intensification capitalistique du secteur.

Un peu avant 2027, avec l’accumulation et la conjonction des « crises », il ne fut plus possible de ne pas voir la réalité en face : dans ce nouveau monde, l’État était nu et les collectivités, guère mieux vêtues.

De quelle puissance publique, de quelles fonctions publiques, de quelle action publique, avons-nous besoin, pour protéger et émanciper dans ce nouveau régime climatique, sanitaire et social ? Ces questions furent au cœur des débats électoraux de 2027. C’était à la fois tardif et salvateur. 

Une fois n’est pas coutume, les élections furent remportés par celle qui avait mûrement réfléchi à ce sujet, avait expérimenté, hybridé, pris à bras le corps le défi. Dans les années  suivantes, la sphère publique a connu une métamorphose rapide, conduisant – en France comme dans d’autres pays du monde – à l’établissement de Devenirats – du latin devenire, devenir, là où l’Etat tirait son étymologie de stare, être – tels qu’on les connaît aujourd’hui.

Au contraire des États, fondamentalement conçus pour gérer davantage du même – notamment dans la relation extractive aux ressources dites naturelles et à « l’abondance », les Devenirats ont été conçus dès le départ pour adapter en permanence les réponses collectives à des contextes radicalement changeants. 

Nous manquons encore de recul historique, et les trajectoires des 65 Devenirats de par le monde sont très diverses, mais on peut déjà dessiner quelques caractéristiques qui leur sont communes et leur permettent, sans commune mesure avec les anciens États, de « faire face à l’impensable/ » 

D’abord, une volonté permanente d’élargir le domaine du pensable.

Du fait d’un compromis avec les conservateurs au moment de leur naissance, les Devenirats conservent en général une structure assez pyramidale.

Pour faire face à l’impensable, ils cherchent à réduire le champ de l’impensable, de trrois manières distinctes et complémentaires au sein de la doctrine dite de la « dissidence créative » (expression de Yoan Ollivier, célèbre designer des années 20). 

  1.  La valorisation de la parole contraire.

Ce qui circulait au sein des Etats relevait avant tout de la consigne et de l’obéissance, créant du conformisme et de la fragilité. Au contraire, les Devenirats ont cherché à institutionnaliser la parole contraire, c’est-à-dire à valoriser et protéger systématiquement les avis divergents, les visions minoritaires, les hésitations isolées. Cela a permis une dé-moyennisation de la pensée administrative et une bien plus grande robustesse des décisions publiques, désormais prises dans des enceintes collectives favorisant la controverse. 

  • L’irrigation de la pensée prospective à des sources alternatives.


A la création des Devenirats, avec la montée des périls, ont été appelés à la table des discussions les plus sérieuses les troubadours, les poètes, les auteurs de science-fiction, les designers et, même, les chercheurs en sciences humaines. Cette troupe hétérogène est venue compléter les expertises des économistes et des statisticiens, contraints de partager leur pouvoir. 

  • La création de zones et de temps de réflexivité. 

« Que faisons-nous ? Comment le faisons-nous ? Est-ce que notre action est utile au collectif et atteint ses objectifs ? Comment faire mieux ? Quel bilan tirer de ce que nous avons fait ? » Autant de questions rarement traitées au sein des États, sauf sous l’angle de « l’évaluation » surplombante (et souvent budgétaire), et qui irriguent les enceintes des pouvoir des Devenirats. 

Ensuite, une nouvelle articulation entre verticalité et horizontalité

Dans un mouvement qui pourrait paraître contradictoire, mais s’avère en fait tout à fait cohérent, les Devenirats se sont donné les capacités à la fois de relever la tête et de tendre la main –  selon la doctrine dite de la « maturité ».

  1. D’abord, après des années de déliquescence de l’autorité publique, les Devenirats ont retrouvé une capacité à faire preuve d’autorité légitime sur des sujets précis de santé et d’ordre publics. Pour cela, ils ont dû renforcer le caractère démocratique des décisions et de leur contrôle (via les Parlements), organiser la montée en puissance d’une parole technique de l’administration qui soit plus crédible que celle du gouvernement, travailler la constance et la consistance de la communication publique. 
  • Ensuite, les Devenirats ont métamorphosé les administrations des anciens États pour en faire des réseaux fondamentalement partenariaux et symbiotiques. Pour « faire face à l’impensable » ordinaire, plus question de se tirer la  bourre pour savoir qui filera en premier des masques floqués. Les organisations, les processus, les outils, la formation des agents publics, ont été repensés et reconçus pour que, fondamentalement et au-delà des dispositions légales, le travail en commun à toous les niveaux soit qualitatif et fluide, que ce soit avec les anciennes collectivités locales (elles-mêmes souvent métamorphosées en « communs locaux »), avec les associations, avec les collectifs informels de citoyens/habitants, avec les personnes elles-mêmes.
  • Des capacités distribuées

A rebours des États qui avaient perdu toute capacité à anticiper et à agir avec pertinence, pour cause d’hyper-rétention des attributs du pouvoir en haut de la pyramide, les Devenirats misent par défaut sur la distribution extrême des capacités décrites jusque-là : chaque agent public – chaque professeur, chaque policier, chaque agent d’accueil et chaque infirmière, imaginez ! – et chaque collectif d’agents publics, est invité à appliquer les doctrines de la dissidence créative et de la maturité, c’est-à-dire à faire vivre la parole contraire, nourrir sa puissance anticipatrice de sources variées – artistiques, fictionnelles, scientifiques…, pouvoir faire preuve d’autorité légitime autant que savoir nouer des partenariats formels et informels en quelques heures… Le devoir de chaque agent public de jouer un rôle de « sentinelle », de chercher à capter les signaux faibles, est garanti. Surtout, leur droit de dire et d’être écouté, qui avait cruellement manqué, par exemple, aux soignant-e-s lors des épidémies de covid des années 20, est devenu inconditionnel. 

Ce sont, en fait, les principes fondamentaux du service public qui ont trouvé une nouvelle traduction au sein des Devenirats : pour que continuité, mutabilité et égalité demeurent face à l’impensable, il a fallu tout repenser.  

Voilà l’histoire que mon fils m’a rapportée et voilà, peut-être, ce que nous avons à construire dès maintenant. 

NB : Vraiment Vraiment est heureuse d’être mécène de la Chaire “Transformations de l’action publique” de Sciences Po Lyon, aux côtés de la Compagnie nationale du Rhône, de la SNCF, de Mazars…et avec vous ? contact@vraimentvraiment.com

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Collectivités territoriales Soin et attention Transformation publique

Julie Meyniel (FP21) : “de la fatigue, de la lassitude, de la fierté parfois” chez les agents publics

Temps de lecture : 3 minutes


L’association FP21 a lancé avant l’été une enquête auprès des agents publics pour sonder l’état des troupes après un printemps 2020 extra-ordinaire, qui a placé certains métiers de l’action publique en pleine lumière, en a obligé d’autres à se réinventer complètement, et n’a été neutre pour personne. Dans un contexte “impensable” quelques mois plus tôt, comment ça s’est passé ? Une grosse centaine d’agents ont répondu – trop peu pour des prétentions scientifiques mais assez pour en tirer quelques enseignements et questions pour le “monde d’après”. Julie Meyniel, de FP21, nous répond. 

Comment vont les agents publics, après ce début d’année extraordinaire ? 

D’abord, merci de poser la question – c’est assez rare qu’on s’y intéresse. Ensuite, c’est évidemment compliqué de résumer. Il y a de la fatigue, de la lassitude, de la fierté parfois que “ça ait tenu”. L’enquête montre un fort investissement des répondants pendant la période, qui conduit en partie à une usure et à des questionnements lourds sur le sens des missions des agents publics. 80% des répondant-e-s – essentiellement des cadres de la fonction publique  – ne se voient pas travailler au même poste dans 3 ans, soulignant un manque d’intérêt, de visibilité et de perspectives. 

Il me semble que nous sommes dans un moment de clair-obscur pour la fonction publique, un moment de transition qui à certains égards est motivant – le confinement et ses conséquences ayant ouvert des espaces à investir, dégagé des petites marges de manoeuvre à exploiter – mais avec un nouveau monde qui tarde à apparaître, ce qui peut être décourageant. 

Le secteur public était largement récalcitrant au télétravail et le confinement y a massivement contraint les employeurs et les agents publics. Quel bilan peut-on en tirer ?

L’enquête montre un plébiscite du télétravail…avec des limites très fortes immédiatement soulignées, mais qui peuvent en partie être levées si un véritable chantier est ouvert sur le sujet.

L’enthousiasme des agents tient à la découverte d’une forme de souplesse du cadre de travail, auquel on n’est pas habitués dans la fonction publique. Le télétravail a permis de décentrer l’attention, de la présence et des horaires, vers le travail effectivement réalisé. Certains métiers et certaines politiques ont dû imaginer de nouvelles manières de faire, par exemple pour continuer à aller au-devant des publics vulnérables. 

Cependant, les agents qui ont répondu à notre enquête mentionnent la perte des temps et pratiques informelles, qui nuit à l’efficacité collective, et l’atteinte portée au lien social – entre agents avec les usagers. Bien entendu, la capacité à “déconnecter” et l’articulation vie privée/vie professionnelle se sont avérées des enjeux de taille, comme pour tous les télé-travailleurs. La qualité des outils et équipements numériques a beaucoup été mise en cause. 

Cela doit conduire à une réflexion de fond sur les cadres de la fonction publique, ses postures, ses outils – y compris en mode “présentiel”. On peut utiliser des questions et problèmes soulevés par le télé-travail pour améliorer l’action publique en général. Encore faut-il qu’il y ait un cadre de discussion et de travail pour cela. 

3/ Est-ce qu’il y a des choses qui ont été expérimentées, de gré ou sous la contrainte, pendant le confinement, qui mériteraient de perdurer ?

A la lecture des réponses à l’enquête, il est frappant de voir à quel point on a peu l’habitude, dans la fonction publique, de nommer quelque chose comme ayant été “expérimenté”. Il manque une dimension réflexive systématique, qui serait précieuse pour avancer. 

Cela dit, les répondants ont partagé des manières de sortir du cadre habituel jugées vertueuses, soit qu’elles aient permis une collaboration ou une communication à un niveau inédit entre agents d’administrations différentes, soit qu’elles aient permis de mieux comprendre les différents métiers d’un site – particulièrement à l’hôpital, où les rapports administration/soignants ont été bouleversés. Certains agents soulignent aussi les possibilités qu’a créé le confinement de “se mettre à la place de” : les parents se sont retrouvés professeurs, par exemple. 

Est-ce qu’il va y avoir un “monde d’après” dans la fonction publique ?

Avant de se projeter, il est indispensable d’avoir une vision claire et étayée sur l’état du monde public et des agents. Comment vont-ils ? Que voient-ils ? Comment est-ce qu’ils se projettent ? On ne peut pas avancer sans ces informations, et notre enquête artisanale est évidemment très loin du compte. La DGAFP pourrait lancer un travail d’ampleur, rapide et sortant des sentiers battus – nous serions ravis, chez FP21, d’y contribuer. 

Du côté de nos répondants, sans que le confinement soit idéalisé, comme on l’a vu, on sent une vraie crainte d’un “retour à la normale”, qui serait très démotivant. Ayant vécu “l’impensable”, comme a dit le Président, un travail mériterait d’être conduit pour repenser les cadres, les métiers, les outils de la fonction publique, justement en envisageant ce qui n’a jusque-là pas été envisagé. Si c’est fait avec les agents, y compris de terrain, c’est stimulant !

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Transformation publique

[PODCAST] Giulia Reboa (FP21) : “genre, race, handicap, classe : il y a des angles morts dans la transfo publique”

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Agente publique, Présidente de l’association “Fonction publique du XXIème siècle (FP21)”, actuellement en mission au sein de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) après avoir travaillé en service déconcentrés dans les Hauts-de-France, Giulia Reboa est une interlocutrice régulière de Vraiment Vraiment.

Dans un paysage de la transformation publique qui se veut “swag”, comme elle dit, et moderne, elle aborde frontalement les angles morts de la fonction publique. Chez VV, ça nous a bien fait réfléchir cet été. Nous espérons qu’il en sera de même pour vous et que ce podcast nourrira quelques discussions de rentrée !

Vraiment Vraiment · Giulia Reboa – PODCAST

Vraiment Vraiment · Giulia Reboa – PODCAST

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Design d'intérêt général Portraits

[PODCAST] Sophie Fourquet-Mahéo – “Concevons le numérique que nous voulons !”

Temps de lecture : < 1 minute

Le 24 juillet 2020, Sophie Fourquet-Mahéo est venue prendre le petit déjeuner avec nous. Directrice de programme à la Fondation Internet Nouvelle Génération, elle est venue nous présenter le défi #RESET

Ce défi est un appel à réinventer collectivement la “chose” digitale et à porter des transitions vertueuses pour 2022 car, entre l’épuisement des ressources naturelles, l’affaiblissement des démocraties, les grands monopoles, la dépendance aux écrans… la liste des dégâts numériques est longue. À l’heure de ce terrible bilan, la Fondation Internet Nouvelle Génération invite des collectifs d’acteurs à former des coalitions et à entreprendre des changements majeurs pour créer le numérique que nous voulons. Sophie est venue nous expliquer comment procéder.

Bonne écoute, et à bientôt sur autrementautrement.com !

Vraiment Vraiment · INVITÉE AUTREMENT AUTREMENT – SOPHIE FOURQUET-MAHÉO

Vraiment Vraiment · INVITÉE AUTREMENT AUTREMENT – SOPHIE FOURQUET-MAHÉO

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Transformation publique

10 propositions pour un “reboot” d’AP 2022 à l’aune de la crise sanitaire et du confinement

Temps de lecture : 6 minutes

Du 1er avril au 31 mai dernier, entre confinement et déconfinement, France Stratégie a ouvert un espace contributif afin de recueillir des idées pour « l’après », dont la synthèse vient d’être publiée. Nous reproduisons ici notre contribution, déposée fin mai dans la catégorie “puissance publique”.

La crise du covid, le confinement et les conséquences massives sur les modalités de la vie collective dans toute ses dimensions, représentent un “stress test” majeur pour l’action publique. Les derniers mois ont montré le meilleur et le pire de l’action publique, avec un fort accent mis sur les “héros méconnus” que sont les agents de terrain – au premier rang desquels les soignant-e-s, salué-e-s chaque soir à 20h00.

La période a aussi donné lieu à de fortes critiques du fonctionnement interministériel, des administrations centrales, des relations entre Etat et collectivités locales. En filigrane, un an après les “gilets jaunes”, les principes et méthodes qui ont guidé la transformation publique depuis 2007 ont été mis en cause – en particulier pour ce qui est de l’hôpital.

Du temps a par ailleurs été perdu pendant le confinement pour tirer parti d’un tel « stress test » : en effet, c’était l’occasion de repérer des dispositifs et processus publics dont les faiblesses ou dysfonctionnements étaient révélés ou aggravés par le confinement (orientation, protection de l’enfance, lutte contre les violences faites aux femmes, littératie en santé, conseils de quartier…), pour les « réparer » à court terme et les améliorer durablement. En dehors des secteurs mobilisés face à l’épidémie (santé, inclusion numérique, , la tétanie a plutôt prévalu.

Tant sur le fond que politiquement, il y a peut-être un moment à saisir pour “réinitialiser” AP2022, avec – entre autres – les principes suivants :

  • Toutes les innovations et initiatives utiles ne sont pas aussi photogéniques qu’un train aménagé ou un masque sorti d’une imprimante 3D. Il y a “tout le reste”, qui compte au moins autant et doit être (re)connu pour (re)partir d’un bon pied.
  • La transformation publique est une affaire politique – pas seulement technique. Elle doit être conçue et pilotée comme telle (portage, suivi, mise en débat, attention portée aux “formes” que prennent concrètement les réformes, symboles, etc.).
  • Les enjeux contemporains appellent un devoir d’initiative pour les agents publics, qui a pour corollaire indispensable un nouveau cadre d’action de la fonction publique favorisant la reconnaissance, l’autonomie, la responsabilité et le renforcement des capacités.
  • Les capacités d’anticipation de l’action publique doivent être renforcées, mieux distribuées et opérationnalisées, afin de pour préparer les prochaines crises.
  • Le fonctionnement interministériel et, plus globalement, des administrations centrales, est archaïque et doit être revu hors objectifs budgétaires et selon des méthodes nouvelles. Cela vaut pour les relations Etat / collectivités locales.

PROPOSITIONS

Proposition n°0 : recueillir les expériences et les initiatives innovantes ayant impliqué des agents publics.

Ce recueil doit être l’occasion de donner réellement la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas souvent – en particulier les professionnel-le-s de terrain. Soignant-e-s, bien sûr, mais aussi professeurs, travailleurs sociaux, membres des forces de sécurité, responsables de la voirie… Tous ont fait l’expérience à la fois intime et collective de la crise, et ils ont imaginé des manières de continuer à travailler. Recueillir leur témoignage permettrait d’imaginer une future transformation publique incarnée, ancrée, désirable. (Exemple à l’hôpital)

Proposition n°1 : penser un parcours vertueux pour les personnes et organisations qui sont venues renforcer l’action publique pendant la crise.

La crise a généré un afflux de renforts, souvent désordonnés et généralement désintéressés, de personnes et de collectifs qui ont (re)découvert à cette occasion l’intérêt général et l’action publique. Quelles perspectives et quel prochain point de contact pour ne pas générer de rancoeur et capitaliser sur ces nouvelles relations ?

Proposition n°2 : chercher des manières de valoriser les actions quotidiennes des agents publics en faveur des habitants de leur territoire et de la Nation.

En 2015, le pays a aimé ses policiers ; en 2020 il aime ses soignant-e-s (mais déteste ses policiers…). La polémique vite née sur la “médaille de l’engagement face aux épidémies” ne doit pas éclipser notre incapacité à valoriser le travail des agents – notamment ceux qui n’apparaissent pas lors des remises de rapport, ne montent pas de startup d’Etat et ne participent pas aux ateliers collaboratifs de la DITP) et à exprimer notre reconnaissance à l’égard du service public et de (tous) ses agents, de façon régulière et qui ne se résume pas à des discussions sur les “primes” et salaires.

Proposition n°3 : renforcer la capacité de la puissance et de l’action publique à
« s’augmenter » de façon permanente ou temporaire, en ayant recours à des réservistes et à des partenariats agiles.

Les dysfonctionnements de la réserve sanitaire et la probabilité que des événements exceptionnels (terrorisme, climat, pandémies…) nécessitent régulièrement que les services publics “s’augmentent” pour faire face devrait nous conduire à imaginer rapidement les manières de recruter, former, outiller et mobiliser des “réservistes de l’action publique”, que ceux-ci soient issus de rangs de la fonction publique “démobilisés” par l’événement ou de la société civile. La capacité à répondre rapidement aux sollicitations de la société civile (ex des makers) ou à la mobiliser (et donc à la connaître…) doit être renforcée.

Proposition n°4 : faire un nouveau standard de la pro-activité dont ont fait preuve certains acteurs publics pendant la crise.

Pendant la crise, des administrations ont fait preuve de pro-activité pour éviter le non-recours ou l’effondrement des personnes (action sociale, éducation, espace public, inclusion numérique) et des entreprises. Une telle pro-activité pourrait devenir la norme dans des secteurs critiques de l’action publique, facilitant la vie des usagers et créant surtout un nouveau filet de sécurité en cas de situations difficile. Un tel changement de posture aurait des implications fortes en termes de posture et d’outils des agents.

Proposition n°5 : repenser le programme et les actions de transformation publique en y intégrant systématiquement les enjeux de qualité de vie au travail des agents.

Depuis 2007, la transformation publique s’est largement construite contre les agents et au mépris de leur qualité de vie au travail (l’hôpital n’en est que l’exemple le plus visible) : réduction d’effectifs, dissonance des consignes, management par les chiffres au détriment du sens, etc. Outre que cela doit interroger tout progressiste, cela rend progressivement impossible toute réforme, y compris fondée sur de bonnes intentions. L’inscription sincère et concrète de cette préoccupation très haut dans les objectifs stratégiques de la transformation publique permettrait (peut-être) de renouer le fil d’une transformation désirable.

Proposition n°6 : renforcer et distribuer les capacités d’anticipation radicale des acteurs publics, en faire un enjeu démocratique.

Vraiment Vraiment a lancé en 2018-2019 un cycle de prospective de l’action publique baptisé “AP 2042” – en référence à AP 2022, pour voir plus loin. La mobilisation de la science-fiction et du design-fiction, hybridés avec le regard de hauts-fonctionnaires et d’anciens ministres, nous a permis de produire des scénarios à peine plus extravagants que ce que nous avons connu les derniers mois. La capacité des acteurs publics à se projeter radicalement ET concrètement dans des futurs qui échappent à l’imaginaire classique pourrait être renforcée, pour se préparer à faire face à l’impensable. Cette capacité doit être judicieusement distribuée entre le niveau central ET les niveaux déconcentrés/décentralisés et être soumis à des formes utile de délibération démocratique à chaque échelle territoriale. .

Proposition n°7 : se donner les moyens de transformer les modes de travail et de décision interministériels.

Les enceintes et outils de travail et de décision interministériels sont indigents et très en retard sur les standards (voir ici). Pendant la crise, des formats plus souples et agiles se sont mis en place. Un retour fin sur ces expériences, sur les possibilités d’en étendre les modalités, ainsi qu’un travail de reconception des processus (et des lieux) interministériels seraient bienvenus. On pourrait commencer par les RIM (outil de pré-réunion pour évacuer les sujets d’accord, outils d’animation pour enrichir et politiser les débats, outils de suivi).

Proposition n°8 : enrichir les données permettant de piloter l’action publique.

Les outils de pilotage de l’action publique font la part belle 1/ aux données quanti (cf tableau de bord DITP/Toucan Toco) 2/ aux informations “filtrées” par de nombreux niveaux hiérarchiques et autant de biais – ce qui n’épuise pas les besoins du niveau supérieur de l’Etat (DAC/SG/cabinets/ Ministres/PM/PR). Un outil permettant de capter et restituer des bribes du terrain et de les mettre en perspective avec des données quanti permettrait davantage de finesse. Surtout, il serait temps de mettre en place des outils de pilotage utiles avant tout à celles et ceux qui les remplissent (vs reporting ascendant).

Proposition n°9 : profiter de ce dont la crise a fait prendre conscience pour renouer la conversation sur l’utilité de l’action publique (et de l’impôt).

Après les Gilets jaunes, G.Darmanin a souhaité engager une chantier de “transparence” sur le coût des services publics, afin de légitimer l’impôt. Alors que chacun-e, pendant cette crise, a pu faire l’expérience de la présence (soins, etc.) et de l’absence (professeurs, etc.) des services publics, le moment serait parfaitement choisi non pour faire la transparence sur le coût de l’action publique mais pour une conversation sur le service public et l’utilité de l’impôt.

Proposition n°10 “mécano” : doter l’Etat des outils de pilotage à la hauteur de ces ambitions en matière de transformation publique.

Au niveau de l’Etat central, les fonctions d’anticipation (France Stratégie), de transformation de l’action publique (DITP, DINUM) et d’ingénierie au service des territoires et de leur cohésion (ANCT) sont éclatées. Pour aller au bout de la logique, les services qui gèrent les femmes et les hommes (DGAFP, MCD), les lieux (DIE), les achats (SAE)…sont également concernés. Pour ne pas se lancer dans un énième mécano institutionnel et en l’absence de capacité de pilotage politique fort d’un ensemble regroupé, il faut a minima profiter du site de Ségur, partagé par beaucoup, pour faire travailler réellement ces entités ensemble, en faisant une place aux collectivités locales (au-delà de leurs associations) et à la société civile dans les discussions et dans les projets.

Vous pouvez lire l’ensemble des réponses à l’appel à contribution de France Stratégie ici.

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Futurs Portraits Transformation publique

[PODCAST] Francis Rol-Tanguy – “le temps de l’administration est le moyen terme, pas celui de BFM TV”

Temps de lecture : < 1 minute

Francis Rol-Tanguy est un haut-fonctionnaire retraité, qui a exercé tout au long de sa vie des missions diverses et variées – jusqu’à devenir le Secrétaire général du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie et du Ministère du logement, ce qui lui confère un double atout : celui du recul, et d’une rare liberté de parole.

Relations de la haute fonction publique au politique, évolutions de la gestion de crise par l’Etat, transformation publique pour faire face aux enjeux écologiques, éthique et engagement des agents publics…

Autant de sujets qui nous passionnent et qui font que nous sommes ravi-e-s de partager avec vous cet enregistrement.

Bonne écoute !

Vraiment Vraiment · INVITÉ AUTREMENT AUTREMENT – FRANCIS ROL-TANGUY

Vraiment Vraiment · INVITÉ AUTREMENT AUTREMENT – FRANCIS ROL-TANGUY

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Collectivités territoriales Espaces publics Portraits Urbanités

[PODCAST] Marion Waller : comment continuer à “réinventer Paris” ?

Temps de lecture : < 1 minute

Vraiment Vraiment invite régulièrement des personnalités pour petit-déjeuner, le vendredi, et parler parcours, expériences, pensée et action. Comme nous trouvons que ces petit-déjeuners sont passionnants, nous avons décidé d’en faire des podcasts, dont voici la troisième édition, en compagnie de Marion Waller.

Marion, philosophe de formation, est directrice-adjointe du cabinet de Jean-Louis Missika, adjoint à la Maire de Paris chargé de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité. Dans ce cadre, elle a beaucoup contribué à la conception et à la mise en oeuvre des programmes “Réinventer Paris”.

Elle revient dans cette discussion sur les réussites et les limites de ce nouveau mode de fabrique de la ville, et dessine des perspectives pour la suite…que nous sommes heureux-ses de partager avec vous !

Vraiment Vraiment · MARION WALLER

Vraiment Vraiment · MARION WALLER

Prochain épisode : Francis Rol-Tanguy, Ingénieur général honoraire des ponts, des eaux et des forêts, membre de nombreux cabinets ministériels entre 1981 et 2015, ancien secrétaire général du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie et du Ministère du logement. Il sera question de transformation publique…

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Culture Portraits

[PODCAST] Vincent Carry : du dancefloor comme ring politique à la refondation du secteur culturel indépendant

Temps de lecture : < 1 minute

Vraiment Vraiment invite régulièrement des personnalités pour petit-déjeuner, le vendredi, et parler parcours, expériences, pensée et action. Comme nous trouvons que ces petit-déjeuners sont passionnants, nous avons décidé d’en faire des podcasts, dont voici la deuxième édition, en compagnie de Vincent Carry.

Vincent est directeur d’Arty Farty, association loi 1901 qui porte – entre 1000 autres projets tous aussi excitants les uns que les autres – les Nuits sonores, ainsi que plusieurs lieux de fête, de culture et de travail (comme le Sucre ou H7 à Lyon). Inquiet de la “vague terrible” que représente la pandémie de covid et ses conséquences, Vincent Carry a lancé en mai un appel à la refondation du secteur culturel indépendant.

Ce n’est pas chaque matin qu’on a l’occasion de se refaire le film de la fête et de l’électro depuis les années 1980, tout en parlant politiques culturelles post-covid et menaces sur les acteurs culturels indépendants – ça nous a bien plu et nous sommes heureux de le partager avec vous !

Vraiment Vraiment · INVITÉ AUTREMENT AUTREMENT – VINCENT CARRY

Vraiment Vraiment · INVITÉ AUTREMENT AUTREMENT – VINCENT CARRY

Prochain épisode : Marion Waller, directrice-adjointe du cabinet de Jean-Louis Missika (adjoint à la Maire de Paris chargé de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité.)

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Design d'intérêt général Futurs Portraits

[PODCAST] David Benqué : “l’intelligence artificielle reproduit des versions stéréotypées du passé”

Temps de lecture : < 1 minute

Vraiment Vraiment invite régulièrement des personnalités pour petit-déjeuner, le vendredi, et parler parcours, expériences, pensée et action.

Confinés, nous avons reçu David Benqué le 15 mai 2020, en visio. David est designer et chercheur, auteur d’une thèse (en cours) au Royal College of Art sur l’usage des diagrammes pour l’exploration critique des algorithmes prédictifs.

Et comme nous trouvons que ces petit-déjeuners sont passionnants, nous avons décidé d’en faire des podcasts, dont voici la première édition. Il y est question de design bien sûr, de recherche, d’intelligence artificielle et, surtout, de pensée critique.

Vraiment Vraiment · INVITÉ AUTREMENT AUTREMENT – DAVID BENQUÉ

Prochain épisode : Vincent Carry, directeur d’Arty Farty et auteur d’une tribune “Culture : tout réinventer ? Avec plaisir, dès lors qu’on n’orchestre pas un massacre social“.